dimanche 26 juillet 2015

Transparences, 2e mode












Transparences, 2e mode, depuis 2009
Auto-mises en scène en mode viril
Dessin à main levée sur la peau, encre de Chine
Photographie argentique en noir et blanc
Format et encadrement variables
Série de 51 figures
8 poses par figure
Toujours en cours

-       Remarque scénographique : cette série est très malléable dans une exposition puisque l’on peut proposer une sélection de personnages ou de poses différentes d’un même personnage.

Cette série compte parmi mes travaux dits affleurants. Elle cumule les approches : dessin sur la peau, performance et photographie.
Parfois sous-titrées, Auto-mises en scène en mode viril, les Transparences, 2e mode sont donc une « auto » mise en scène dans une volonté d’appréhender toutes les facettes de ma création.
Les Transparences, 2e mode confrontent le corps biologique féminin aux figures de genre viril. Le résultat est simple et immédiat, les dessins sont des esquisses énergiques qui expriment un geste et ne doivent pas cacher le corps afin de bien identifier le sujet : la femme qui porte une barbe à l’encre de chine.                                                                                                                                                                       

Cette série est née d’une interrogation sur la construction sociale du corps et les relations qui en découlent entre les genres et les classes sociales. Elle pointe avec humour les figures de styles que sont les postures viriles typiques perçues par une femme. Critiques, mais dédramatisées et bienveillantes, les Transparences offrent une galerie, un inventaire, des représentations de la virilité. Elle rappelle ainsi la nature culturelle et la valeur de convention sociale de tous ces profils types.   

Cette série revendique sa pluridisciplinarité. Loin d’être anecdotiques, les dessins retracent une expérience plastique d’ordre performatif. Ils se jouent de la matière, ou plutôt des textures multiples du corps. Ils ne sont que croquis pour afficher et souligner les accidents rencontrés par le pinceau : reliefs de la chair, des os, pilosité… tout un terrain accidenté donc qui détermine ce résultat riche en « réserves », traits suspendus, inachevés.


Pourquoi 2e mode ?

Les Transparences, 2e mode sont ainsi nommées car elles inversent, répondent et complètent une première série réalisée en 2007.

Les Transparences donc mettent en scène des modèles Drags Queens dont seule la tête est maquillée et perruquée. Sur leur torse nu, je dessine un corset et un collier de luxe sous forme de croquis abruptes contredisant la finesse de ces objets. Cette première série permet d’afficher la distinction entre le sexe biologique et le genre performatif. Elle se spécialise sur l’image de la féminité selon des codes précis et homogènes pour rebondir sur les archétypes culturels de ces accessoires tels qu’ils sont identifiés et reconnus par le public. C’est dans une dimension critique que ces attributs sont si sommairement et grossièrement esquissés sur des torses masculins libres, le souffle entier et débordant généreusement des limites imposées des corsets dessinés. Le corps humain est ici traité en tant que surface, en tant que support et comme lieu de construction. 

Dans le rapport au corps comme support, les enjeux des Transparences consistent à déterritorialiser et reterritorialiser les genres. Elles confrontent à un point de départ socialement et culturellement établi qui tend à croire que l’identité est stable si elle correspond à des normes. Ainsi le dessin accompli se place entre l’idée exprimée par le protocole plastique et le contact avec le corps comme médium.





mercredi 29 avril 2015

L'Hydre n°2 : Jean-Luc Verna

L'Hydre n°2 : Jean-Luc Verna est désormais visible sur rendez-vous pour ceux qui voudraient devenir une tête de L'Hydre... cf. Synopsis ci-dessous :
Cette série photographique est une création In Progress qui repose sur la participation des spectateurs invités à faire leur propre sélection de photographies à partir d'un vivier de 113 images réparties en 6 catégories.

SYNOPSIS



Comme l'écrivait Wilhelm REICH dans La fonction de l'orgasme :
" Il est plus facile de dicter à ses subordonnés ce qu'ils doivent faire que les guider en respectant leur propre personnalité."(…) " L'éclectisme de mes sympathies me mena plus tard à ce principe : " tout le monde a raison de quelque manière." Le tout est de trouver de quelle manière."
En psychanalyse, la contradiction n’existe pas. Toute parole fait sens au regard de celui qui la formule. Il apparaît que chaque personne porte son univers subjectif et son regard particulier sur autrui. Ce regard est défini par son vécu personnel, ses obsessions et sa relation à l'autre ainsi qu’à son image.
Dans la pratique du portait, ce qu'un modèle permet et interdit annonce, à valeur égale, sa relation aux regards, ceux du portraitiste et par extension du spectateur.

Les prises de vues de L’Hydre se présentent en deux étapes :     
- Quatre cadrages du corps du modèle : dos, silhouette, visage, mains.
- Une série de situations (au nombre indéfini) choisies par le modèle.

Chaque spectateur est invité à devenir une Tête de L’Hydre en opérant son propre choix. Reprenant le rôle habituellement dévolu au portraitiste, il peut décider de la photo qu’il aurait lui-même choisie dans chaque catégorie et produit ainsi une nouvelle série de photos répondant aux précédentes. 

L’individu évolue sous les regards et le portrait ne peut être une vérité absolue, finie, aboutie ; mais il contribue plutôt, à nous faire comprendre que notre regard sur l’autre est fragmentaire et subjectif.


dimanche 9 juin 2013

La statue


Triptyque n°1

Triptyque n°2

Triptyque n°3

Triptyque n°4

Triptyque n°5

Triptyque n°6

Triptyque n°7

Triptyque n°8

Triptyque n°9

Triptyque n°10


Diptyque n°1

Diptyque n°2

Diptyque n°3

Diptyque n°4

Diptyque n°5

Diptyque n°6

Diptyque n°7

Diptyque n°8

La Statue, 2013
Modèle : Didier Brice
Création dérivée de la pièce de théâtre
Le Journal d’un poilu de Didier Brice d’après Henri Laporte
46 photographies argentiques en noir et blanc
Format et présentation variables

Série de 46 photographies
8 diptyques
10 triptyques

- Remarques scénographiques : cette série compte idéalement 46 photographies réparties en 8 diptyques et 10 triptyques, mais peut être montrée partiellement.


Il existe une « dynamique […] [qui] pousse les vivants à devenir des signes, à trouver dans un discours le moyen de se transformer en une unité de sens, en une identité. De cette chair opaque et dispersée, de cette vie exorbitante et trouble, passer enfin à la limpidité d’un mot, devenir un fragment du langage, un seul nom, lisible par d’autres, citable. » [1]
Cette remarque est au cœur même de ma pratique artistique. Tout mon travail interroge le corps en représentation et, tout particulièrement, sa projection dans différents dispositifs plastiques dessinant alors les liens entre corps et art.
La pièce de théâtre Le journal d’un poilu de Didier Brice d’après le témoignage d’Henri Laporte m’a immédiatement interpellée tant elle nourrit mes obsessions pour ce corps / art. Lorsque le rideau s’ouvre, le spectateur est confronté à un monument au mort de la 1ere Guerre Mondiale. Et alors qu’il attend l’arrivé du comédien, c’est la statue elle-même qui prend la parole et commence tout doucement à prendre vie et se transforme en homme. L’homme statue connaît de nombreuses références. C’est celui qui surprend les touristes l’été dans les rues de Paris, celui qui enchante les contes, La Belle et la Bête par Cocteau, ou encore Les visiteurs du soir de Marcel Carné… Sa peau maquillée de façon à le réifier, sa peau trompe l’œil devient la frontière expressive qui questionne les genres. L’homme statue joue des limites entre ce qui est ou n’est pas de l’ordre du corps et engage notre perception.
Je fais de cette ambiguïté perceptive l’enjeu premier de ma série photographique. J’y remets en scène selon mon protocole plastique cette statue dont la nature d’un diptyque (ou triptyque) à l’autre est plus ou moins identifiable. J’expérimente ainsi le corps comme lieu d’investissement dont l’image est le produit ; un corps qui se joue des métamorphoses d’une chair qui se transforme en œuvre d’art ou l’inverse…  


[1] Michel de Certeau, « Des outils pour écrire le corps », in Panoplies du corps - Traverses/14-15, Centre Georges Pompidou - Revue trimestrielle du Centre de Création  Industrielle, Paris, 1979, p. 12.

Le slow - Hommage à H. F. Thiéfaine, Alligators 427




Le slow
Hommage à H. F. Thiéfaine – Alligator 427
, 2013
Modèles : Didier Brice et Lorraine Alexandre
Création dérivée de la pièce de théâtre Le Journal d’un poilu (1999) de Didier Brice d’après Henri Laporte couplée à une référence à Hubert-Félix Thiéfaine pour sa chanson Alligators 427 (1976)
3 photographies argentiques en noir et blanc
50 x 50 cm par photo
Un triptyque

- Remarques scénographiques : bien que ce travail ait été conçu comme un triptyque (qui reste sa forme privilégiée), la photo centrale peut être présentée isolément.


L’idée de ce triptyque s’est imposée spontanément alors que j’élaborais les photos de La statue dont il devient une annexe.
Les figures viriles sont apparues doucement dans ma pratique plutôt orientée vers les représentations du féminin. Essentiellement traitées sur le mode parodique dans Les transparences, 2e mode, ces figures tendent à intégrer mon travail plastique. Celle du soldat fait ainsi une entrée significative et signale l’évolution de mes recherches et leur élargissement. Avec Le slow, j’intègre et mêle l’autoportrait et le portrait en prenant place dans l’image. J’y revendique mon statut de photographe plasticienne avec ses attributs (poire à la main, cellule autour du cou et volet de magasin dans la poche) et joue de l’anachronisme de nos fonctions par les choix vestimentaires qu’un siècle sépare.
Mais ce travail marque surtout mon goût, récurrent dans ma pratique, pour l’intertextualité. Nous sommes nombreux dans cette danse où se rencontre la photographie plasticienne, le théâtre, mais aussi la chanson. Coutumière des créations dérivées [1], j’expérimente ici la double citation, la double référence, le double hommage, la double réappropriation de deux arts du spectacle.
Dans sa chanson Alligators 427, Hubert-Félix Thiéfaine dit « …et j’attends que se dressent vos prochains charniers / j’ai raté l’autre guerre pour la photographie… ». C’est de cette phrase que l’image du slow est née dans mon esprit. Le médium photographique a pour particularité de posséder un vocabulaire étonnamment belliciste et je me demande si l’auteur en a joué ou s’il en était même conscient.
Ma posture de plasticienne consiste à souligner la place du corps dans un réseau de relations. En m’intégrant aux images, je casse la hiérarchie du voyeur et du vu puisque modèle et portraitiste entrent en contact direct. Je dessine ainsi le pont entre l’imaginaire de cette figure théâtrale et plastique et la genèse créatrice que mes attributs de photographe signalent. J’y construis l’histoire d’un parcours plastique et stratifie les niveaux de création et, par extension, de lecture.



[1] La création dérivée est le terme juridique qui désigne une œuvre d’art originale ayant pour sujet l’œuvre préexistante d’un autre artiste.

jeudi 19 avril 2012

Dans ta nuque et Dans ta nuque, recto / verso :






Dans ta nuque, portrait de Caroline Mougeot, 2004
Dans ta nuque, recto / verso, 2009
Modèle : Caroline Mougeot
Photographies argentiques en noir et blanc
Formats et encadrements variables
Une série de 4 photos
Et une série de 4 « quadriptyques »

- Dans ta nuque, portrait de caroline Mougeot :

Dans ta nuque montre Caroline Mougeot photographiée sous les arbres en été. Elle porte un débardeur brodé de perles qui suggère une douceur contrebalancée par la lumière soulignée par les ombres des feuilles et la dureté des tirages. Ce portrait présente toujours le modèle de dos soulignant une soustraction, un refus du regard. Il se joue de la frustration du spectateur qui croit souvent le portrait tenu de révéler un visage.
Mais si vous vous approchez, vous comprendrez les raisons de cette pose, car sur la nuque du modèle deux petites taches blanches apparaissent : un piercing. Le choix de cet emplacement, encore peu répandu, souligne son intérêt pour Caroline qui exprime un certain rapport à son corps, son désir et sa volonté de l’orner, de se le réapproprier.
Ce portrait entre dans les jeux de la mise en scène du corps et se rapproche d’une démarche ritualisée d’épreuve de soi telle une émergence identitaire dans la douleur. L’utilisation directe du corps a un statut créateur en soi (avec ou sans vocation artistique de la part du modèle) qui meut ma pratique plasticienne photographique en ce qu’elle ouvre un champ d’expérimentation de l’image du corps en tant qu’objet visible, mais aussi en tant qu’objet vécu.

Ce portait souligne aussi notre dépendance au regard extérieur dans l’approche de notre image du corps. Remarquons qu’il est né d’une fonction pratique. En effet, Caroline ayant fait un piercing dans sa nuque, il lui est impossible de bien le voir. Mes photos ont donc pour but initial de permettre à mon modèle d’élargir la perception visuelle de son propre corps.
Cette précision montre que le modèle a pu imposer cet objet à son corps en aveugle et rappelle ainsi que nous nous projetons dans une image présente à notre esprit. Cependant l’image du corps devenue incomplète gêne le modèle. Dès lors, les photographies que j’ai réalisées lui donne une image de son corps qu’elle n’obtiendra jamais autrement. Dans ta nuque manipule les limites de la perception optique d’une personne qui en vient à solliciter le regard d’autrui pour s’y retrouver, s’y évaluer, créant ainsi un contact, une relation à l’autre dans l’élaboration d’une image de soi. La création d’un portrait devient un acte médiateur.

- Dans ta nuque, recto / verso :

Le corps est perçu comme support vivant et mouvant capable de métamorphoses. Il interroge alors le rapport entretenu avec nous-mêmes et le regard ainsi interpellé dont l’adhésion n’est pas acquise par avance. C’est dans cette logique, que le modèle a continué à piercer son corps, de nombreuses fois. Mais c’est dans la continuité de Dans ta nuque que cinq ans plus tard j’ai décidé de faire une version recto / verso pour ajouter le nouveau piercing à la limite du cou et de la poitrine.
Si la première série conférait à la représentation du corps une valeur sculpturale en valorisant ses volumes, celle-ci tranche la chair, par son cadrage, et souligne les effets de la lumière d’une fin de journée d’été découpée par les ombres des feuilles largement assombries au tirage. Cette fois, le visage n’est plus soustrait par la position du modèle, mais par le cadrage qui coupe la tête. Cette violence accentuée est toujours contrebalancée par la douceur des vêtements choisis, quatre différents, pour quatre « quatriptyques » afin de jouer avec la perception du spectateur. En effet, selon les tissus, l’œil va plus ou moins vite être attiré par le piercing (habit noir) ou déconcentré par la poitrine (habit satiné et fleuri de broderies) remettant à plus tard la compréhension du sujet initial…